| L'EXTÉRIEUR
La
Basilique telle qu'on la voit aujourd'hui est le fruit
des trois reconstructions qu'elle a connues entre 1238
et 1310.
A l'époque de saint Antoine,
se trouvait ici la petite église Sainte-Marie-Mère-de-Dieu,
qui fut ensuite incorporée à la Basilique,
dans la Chapelle de la Vierge Noire.
En 1229, le couvent des Frères, fondé
très probablement par saint Antoine, se trouvait
juste à côté de cette église.
Saint Antoine décéda en 1231 à Arcella
(dans la banlieue nord de Padoue). Son corps fut enseveli
dans la petite église Sainte-Marie-Mère-de-Dieu,
selon son propre désir.
En 1238, la construction d'une Basilique aux allures
d'une église franciscaine commença ; avec
d'abord une seule nef et une petite abside. On ajouta
ensuite les deux nefs latérales. Entre 1256 et
1310, la Basilique se transforma en ce splendide joyau
que l'on peut l'admirer aujourd'hui.
L'INTÉRIEUR
Plaçons-nous
à l'entrée de la nef centrale. On remarque
immédiatement combien l'architecture, gothique
au premier coup d'il, comporte deux styles distincts
: l'architecture des nefs (là où nous
nous trouvons) est romane; celle de l'abside, derrière
le transept, toute décorée de fresques,
est surtout gothique.
Les coupoles évoquent les styles
byzantins de Ravenne et Venise.
L'espace des nefs paraît immense, rythmé
des deux côtés par des travées sereines
et solennelles.
Levons les yeux : une galerie court
au niveau des voûtes des bas-côtés,
à droite comme à gauche, et suit le pourtour
interne de la nef et du transept.
Plus que les vestiges de décorations et les nombreux
tableaux, les monuments funèbres, garnis de piliers,
attirent le regard, ainsi que d'autres espaces qui remontent
au XVe - XVIIe siècles.
Aujourd'hui, nous préférons
les églises libres de ces incrustations du passé.La
valeur artistique de certains monuments est considérable.
De plus, ils constituent un intéressant écho
de la vie civile et culturelle de Padoue et de la région.
Ces monuments funéraires n'intéressent
pourtant pas la majorité des visiteurs.
Avant de quitter la nef centrale, observons,
au-dessus de la porte d'entrée principale
de la Basilique, la grande fresque de Pietro Annigoni,
achevée en 1985, représentant Saint-Antoine
prêchant du haut du noyer. La scène
se déroule à Camposampiero (Padoue) où
le Saint, juste avant de mourir, alla se reposer et
se recueillir, de mi-mai au 13 juin 1231.
Le Saint indiqua alors l'Evangile
comme source de lumière et de vie aux paysans
(simples ou malades, indifférents ou curieux,
venus l'écouter ; notez le sympathique contrepoint
des trois enfants) et, au pied de l'échelle,
on voit Luc Belludi, compagnon et successeur de saint
Antoine.
La
Vierge à l'Enfant
Sur
la première colonne de la nef de gauche, on peut
admirer la Vierge à l'Enfant. Elle fut peinte
dans la seconde moitié du XIVe siècle
par Stefano da Ferrara.
Les anges et les deux apôtres
sur le côté ont été ajoutés
bien après. De même les diadèmes
brillants sur la tête de la Vierge et de l'Enfant
remontent au XVIIe siècle.
Au-dessus de l'autel à gauche
se trouve le retable de saint Maximilien Kolbe,
peint par Pietro Annigoni en 1981.
La
Chapelle du Saint Sacrement
C'est
la première chapelle de la nef droite. Elle est
réservée à l'adoration du Saint
Sacrement. Elle était autrefois appelée
Chapelle des Gattamelata, car la veuve du condottiere
Erasmo da Narni (surnommé Gattamelata, + 1443)
y fit enterrer la dépouille de son mari (à
gauche) et la tombe de son fils Giannantonio
(+ 1456), à droite.
La chapelle carrée, en style
gothique, fut achevée en 1458. Elle comporte
quatre colonnes aux angles et une voûte à
panneaux enrichie de nervures.
Elle a connu de nombreux changements au cours des siècles.
Le dernier en date - entre 1927 et 1936 - concerne l'abside
derrière l'autel, uvre de Lodovico Pogliaghi,
un artiste éclectique.
La
Chapelle Saint-Jacques

Juste à côté, le
long de la nef droite : la Chapelle Saint Jacques, voulue
par Bonifacio Lupi, marquis de Soragna (Parma),
homme aux nombreuses charges diplomatiques et militaires
auprès de la famille des Carraresi de Padoue.
L'élégant et vaste espace
gothique a été réalisé
vers 1470 par celui qui était alors un sculpteur
et architect rénommé : le vénitien
Andriolo de Santi.
La
Crucifixion
Dans
cette chapelle, le regard du visiteur est immédiatement
attiré vers La Crucifixion et se sent
enveloppé d'une chaude atmosphère parmi
les marbres et les fresques (restaurés en 2000)
qui décorent toute la superficie intérieure
de la chapelle.Les yeux s'arrêtent spontanément
sur cette grandiose et dramatique Crucifixion,
chef - d'uvre d'Altichiero da Zevio (Vérone),
illustre peintre de la seconde moitié du XIVe
siècle aux résonances giottesques, qui
l'exécuta vers 1470 lorsque la chapelle fut terminée.
Histoire de saint Jacques. -
Les huit lunettes de la chapelle et un compartiment
retracent quelques moments de l'histoire de saint Jacques,
extraits de la Legenda Sanctorum o aurea
de Jacques de Voragine (1255?).
Cette légende (le terme légende désigne
ici un livre "à lire" en public) très
répandue à l'époque accordait une
large place aux traditions, dont beaucoup d'artistes
se sont inspirés.
L'apôtre est saint Jacques
le Majeur (le frère de saint Jean) dont le
sanctuaire à Compostelle (Galice/Espagne) était,
avec Rome et Jérusalem, parmi les destinations
de pèlerinage les plus fréquentées
de la chrétienté, entre le Xe et le XVe
siècle.
Altichiero da Zevio a peint ces fresques, en
collaboration avec Jacopo Avanzi, bolonais, dont
la touche n'est pas toujours facilement reconnaissable.
En poursuivant sur le déambulatoire,
on dépasse à droite la sortie qui mène
au Cloître du Magnolia et, un peu plus loin,
l'entrée vers la Sacristie; à gauche,
par contre, se situe l'ensemble presbytère/chur
dont l'accès est fermé par un superbe
rideau en marbre. On rejoint là la première
chapelle du déambulatoire.
La
Chapelle des Bénédictions
Dans cette chapelle, les fidèles aiment faire
bénir leurs objets personnels, souvenirs durables
et visibles de leur rencontre avec saint Antoine et
de leur passage à la Basilique.
Vous remarquerez là les fresques de Pietro
Annigoni, qui réalisent une synthèse
sur le thème majeurement évident de
la tragédie du péché.
Saint Antoine prêche aux poissons,
à gauche (1981). Le célèbre épisode,
remonte à une source ancienne, Les actes du bienheureux
François et de ses compagnons (1327-40), qui
survint à Rimini en 1223, à l'embouchure
de la Marecchia.
Le Saint, face à l'opposition des hérétiques,
cathares et albigeois, s'en alla prêcher aux poissons
qui affluèrent nombreux en frétillant
entre les vagues. L'artiste représente le Saint
debout sur un imposant rocher (allusion au Christ),
médiateur d'une foi "représentée"
par cette vivace affluence de poissons vers leur Créateur.
A ses côtés, un compagnon de la foi chancelant
regarde effrayé la foule qui arrive. Hommes et
choses sont bouleversés et semblent voués
à périr. Ainsi finit le monde qui refuse
Dieu.
Le Saint affronte le tyran Ezzelino da Romano
(1982). Selon la Chronique du notable padouan Rolandino
(1262), l'épisode s'est déroulé
peu avant que le Saint ne se retire dans l'ermitage
de Camposampiero, en mai 1231. Des amis de Rizzardo
di San Bonifacio (Vérone) séquestré
avec d'autres de la faction gibeline, avaient demandé
à saint Antoine d'obtenir sa libération
auprès de Ezzelino III da Romano. Mais le
tyran refusa. L'artiste fixe la rencontre des deux personnages
dans la phase finale de la négociation : un net
refus qui n'admet aucun temps de réflexion.
L'obstination du tyran est marquée
par le geste résolu des mains. Derrière
lui, le cruel conseiller, le diable-trompeur, représenté
dans sa véritable identité.
Mais Ezzelino n'est en rien tranquille
: il se projette en avant, vers le Saint, la bouche
déformée par une grimace, et tente de
scruter d'un air défiant la source de tant de
simplicité et de courage.
Antoine tient dans ses mains l'Evangile
fermé pour le tyran. Saint Antoine, résigné,
éprouve de la compassion pour le tyran, prisonnier
de lui même. Au fond, les ombres des prisonniers
bousculés par les gardes.
La Crucifixion (1983). - Les
proportions, le contraste et le relief conféré
par la fausse paroi avec laquelle le Crucifix est représenté,
suscitent immédiatement une forte réaction.
Le regard suit, tremblant, les jambes arquées,
déchirées, ensanglantées du Christ.
La poitrine est pliée et l'abdomen gonflé,
comme il est courant chez ces condamnés. Les
bras sont crûment étirés et tout
le corps semble crouler. Le visage n'est que supplice.
Autour, l'atmosphère humide et lourde est percée
par un éclair : unique signe, pour ne pas distraire
l'attention, de l'écho de la nature.
En haut, au milieu, une lumière écarlate,
d'amour et de sang, souligne la souffrance du Christ
qui semble murmurer : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
m'as-tu abandonné ?"
En sortant de la chapelle, élevons
notre regard vers les hautes voûtes de l'abside
de la Basilique. Continuons notre chemin le long du
déambulatoire, en dépassant à droite
la Chapelle américaine ou de sainte Rosa de
Lima (1586-1617), patronne de l'Amérique
latine, des Philippines et des Indes occidentales; suit
la Chapelle allemande ou de saint Boniface (673-755),
grand évangélisateur de l'Allemagne; enfin
la Chapelle de saint Etienne, premier martyr
chrétien. Celle-ci contient des fresques claires
et agiles, réalisées par l'Italien Ludovico
Seitz (1907), peintre fécond, adepte du mouvement
des "Nazaréens". Sur notre droite toujours,
nous rejoignons alors le centre du déambulatoire
d'où l'on accède à la Chapelle
du Trésor ou des Reliques.
La
Chapelle du Trésor
Cette chapelle, dont la construction a été
commencée en 1691, uvre baroque
de Filippo Parodi (élève de Bernini),
a pris place dans la Basilique sans en perturber la
cohérence gothique.
L'architecture s'épanouit sous
nos yeux, à commencer par la balustrade et ses
six statues de marbre (réalisées par Filippo
Parodi).
Derrière cette balustrade, un passage permet aux
visiteurs d'admirer le "trésor" de
la Basilique, qui donne son nom à la chapelle.
Il est exposé dans trois niches distinctes sur
lesquelles veillent des couples d'anges.
Le tout est garni d'anges festoyants
(en stuc, de Pietro Roncaioli da Lugano) qui conduisent
à saint Antoine glorieux (en marbre, par Parodi).
D'autres décorations, ajoutées au début
du siècle dernier, garnissent encore le tambour
de la coupole (sculptées par Roncaioli) et la
coupole elle-même.
Les reliques du Saint (devant la balustrade). Avant
de gravir les marches qui mènent aux niches,
arrêtons-nous un instant et observons les objets
exposés depuis 1981 le long des murs et
dans la chapelle.
En janvier 1981, à l'occasion
des 750 ans de la mort du Saint, une "commission
canonique" et "une commission technico-scientifique"
ont été désignées pour évaluer
l'état de conservation et l'authenticité
de la dépouille mortelle de saint Antoine. La
tombe a alors été ouverte pour la seconde
fois dans son histoire. (voir
la page des reconnaissances). On y découvrit
:
un grand cercueil en bois de pin,
recouverte de quatre draps de lin, eux même recouverts
de deux draps dorés finement brodés;
à l'intérieur de cette
grande caisse, une plus petite (également
en bois de pin) avec deux compartiments inégaux
et un couvercle entouré d'une ficelle marquée
de trois sceaux; ils contenaient trois paquets recouverts
d'une soie rouge brodée d'or (ils évoquaient
des lambeaux de chape) et une bande de parchemin cousue
sur chacun d'eux, indiquant le contenu:
-
le squelette entier, sans
le menton, ni l'avant-bras gauche et d'autres parties
moindres;
-
les restes, à l'état
de poussière;
-
la bure franciscaine, en
laine couleur cendrée;
-
A l'extérieur du grand cercueil,
dans la niche qui le contenait, on y trouva;
-
une pierre tombale mentionnant
les dates importantes de la vie et de la mort du
Saint, sa canonisation et la translation de sa dépouille
de la petite église de Sainte-Marie-Mère-de-Dieu
vers la nouvelle Basilique, le 8 avril 1263;
-
plusieurs petits anneaux
(10 blancs et 50 noirs) de collier ou de couronne,
monnaies et médailles, fort intéressants
pour situer les dates de la sépulture et
de la translation.
Pour
mieux comprendre, faisons un bond en arrière
et remontons à 1263. La seconde phase de construction
de la Basilique s'acheva à l'occasion du "Chapitre
général" qui réunissait les
franciscains à Padoue. Saint Bonaventure, alors
ministre général de l'Ordre des franciscains,
fit transférer la tombe du Saint de la petite
église de Sainte-Marie-Mère-de-Dieu vers
le centre de la nouvelle Basilique, sous l'actuelle
coupole (devant le presbytère).
Pour l'événement, on
ouvrit pour la première fois le cercueil qui
contenait les restes du Saint, essentiellement pour
en extraire quelques reliques à offrir à
la dévotion des fidèles d'autres églises.
Quelle ne fut pas la surprise de constater que sa langue
était demeurée intacte ! C'est alors que
saint Bonaventure, le cur rempli d'admiration,
s'exclama :
"O langue bénie, tu
as toujours béni le Seigneur et tu as aidé
les autres à le bénir ; il apparaît
maintenant qu'elle fut grande ta récompense auprès
de Dieu."
On décida alors de conserver
la langue du Saint, ainsi que le menton, l'avant-bras
gauche et quelques reliques de moindre importance. Le
reste fut réparti dans trois paquets de soie
rouge, dont nous avons déjà parlé,
placés dans une petite caisse, elle-même
déposée dans une plus grande.
La récente reconnaissance canonique de 1981 donna
l'occasion d'effectuer des recherches à caractère
historique, technique et artistique, anthropologique
et médical sur tout le matériel retrouvé.
Le squelette du Saint fut ensuite recomposé sur
un coussin dans un cercueil de cristal qui contenait
aussi deux petits coffrets renfermant les restes plus
menus. L'urne de cristal fut ensuite placée dans
un cercueil en rouvre pour enfin être remise dans
le tombeau.
Dans la Chapelle du Trésor,
sont exposés :
la bure du Saint, les deux caisses en bois, la cordelette
et deux sceaux, les trois draps de soie rouge recomposés,
la pierre tombale, les pièces de monnaie et les
anneaux. On peut désormais y observer pieusement
ces reliques.
En
empruntant l'escalier de gauche, on découvre
trois niches qui renferment les reliques de saint
Antoine et d'autres saints mais surtout un grand
nombre d'ex-voto par d'illustres pèlerins venus
à la Basilique dans le passé. Mais ce
sont les reliques de saint Antoine logées dans
la niche centrale qui doivent retenir notre attention.
La langue du Saint (au centre). Ne vous attendez
pas à trouver une langue rouge vif. Ce que l'on
peut voir constitue déjà en soi un événement
mystérieux, étant donné qu'après
la mort, cette partie du corps très fragile est
parmi les premières à se décomposer.
Or plus de 770 ans se sont écoulés depuis
la mort de saint Antoine et cette langue constitue
un miracle qui perdure, unique dans l'histoire et chargé
d'une profonde signification religieuse, à
savoir l'uvre d'évangélisation de
la société par saint Antoine.
Il fallait un écrin digne d'accueillir
ces insignes reliques. C'est Giuliano da Firenze Degno
(1434-36) qui réalisa un chef-d'uvre tout
en finesse, délicat, harmonieux et gracieux.
La relique du menton (en haut). Il s'agit plus
exactement de la mâchoire inférieure, placée
dans un reliquaire en argent doré, conçu
comme un buste, avec une auréole et du cristal
à la place du visage. Il avait été
commandité en 1349 par le cardinal Guy de Boulogne-sur-Mer,
guéri miraculeusement par le Saint : il l'apporta
en personne en 1350 et déposa solennellement
le menton dans ce reliquaire.
Les cartilages du larynx (en bas). Ceux-ci, retrouvés
lors de la reconnaisance canonique de 1981, encore bien
conservés, ont été offerts à
la vision des fidèles, aux côtés
de la langue du Saint. Le reliquaire est l'uvre
de l'artiste trévisan Carlo Balljana.
En sortant de la Chapelle du Trésor
et en continuant sur notre droite, nous rencontrons
successivement : la Chapelle polonaise, dite
de saint Stanislas (+ 1079), évêque
et martyr, patron de la Pologne; puis la Chapelle
austro-hongroise, dite de saint Léopold (1075-1136),
margrave et patron de l'Autriche; la Chapelle de
saint François; et enfin la Chapelle de
saint Joseph.
La
Chapelle de la Vierge Noire
Un
peu plus loin, à droite toujours, nous entrons
dans la Chapelle de la Vierge Noire.
Nous nous trouvons dans l'ancienne
petite église de Sainte-Marie-Mère-de-Dieu
(fin XIIe s.- début XIIIe s.), incorporée
dans l'actuelle Basilique. Saint Antoine a certainement
prié ici. C'est précisément là
qu'il demanda à y être enterré lorsqu'il
sentit sa mort proche.
La statue de la Vierge Noire
qui domine l'autel a été réalisée
en 1396 par Rinaldino di Puy-l'Evéque,
un artiste gascon. Les Padouans l'ont appelée
la "Vierge Noire" à cause de son visage
coloré, mais cette dénomination exprime
surtout leur attachement et leur rapport familier avec
elle.
Au nord, nous
débouchons sur la Chapelle du Bienheureux
Luc Belludi, appelée aussi Chapelle de saint
Philippe et saint Jacques le Mineur, apôtres.
Elle a été ajoutée à l'ensemble
de la Basilique dans la seconde moitié du XIVe
siècle et dédiée au bienheureux
Luc, compagnon et successeur de saint Antoine, car sa
dépouille repose sous l'autel. Ici, les étudiants
de Padoue viennent confier à l'intercession du
bienheureux leurs études et leurs examens.
La chapelle a cependant été
dédiée, depuis sa construction, aux saints
Philippe et Jacques. Les fresques de l'artiste florentin
Giusto de' Menabuoi sont parmi les plus intéressantes
de la ville de Padoue ; elles datent également
de la seconde moitié du XIVe siècle (1382).
Abîmées par l'humidité, elles ont
été récemment restaurées
et l'on peut désormais admirer leur remarquable
valeur artistique.
Le sarcophage mural est vide à présent.
L'autel date du XIIIe siècle et abritait, paraît-il,
le tombeau de saint Antoine, placé devant le
presbytère de la Basilique à l'époque,
sous la coupole conique.
La Chapelle
Saint-Antoine
Le
tombeau de saint Antoine a depuis toujours été
appelé "l'Arche" (de arca
: "coffre"). Dans cette chapelle, l'autel
à hauteur d'homme, renferme la dépouille
de saint Antoine. Elle fut enterrée dans
la petite église de Sainte-Marie-Mère-de-Dieu
de 1231 à 1263 (l'actuelle Chapelle à
la Vierge Noire), puis placée au centre la Basilique,
face au presbytère de 1263 à 1310; on
ignore où elle demeura entre 1310 et 1350 (peut-être
déjà à son emplacement actuel).
A partir de 1350 toutefois, on sait avec certitude qu'elle
fut déposée dans cette Chapelle du Tombeau.
Jusqu'au début du XVIe siècle,
le style de la Chapelle était gothique, ornée
de fresques de Stefano da Ferrara, auteur de la Vierge
à l'Enfant.
Le mobilier, du XVIe siècle, remarquablement
harmonieux d'un point de vue architectural et sculptural,
semble être l'uvre de Tullio Lombardo.
L'autel est plutôt imposant,
il est l'uvre de Tiziano Aspetti (qui le réalisa
vers la fin du XVIe siècle). Les statues sur
l'autel (saint Antoine entre saint Bonaventure
et saint Ludovic d'Anjou) sont de la main du même
artiste. Ce qui n'est pas le cas des anges, de la grille
et des petits candélabres. Par contre, les quatre
candélabres, portés par des anges en marbre,
ont été sculptés par Filippo Parodi
au XVIIe s.
Hauts-reliefs autour du Tombeau. Neufs hauts-reliefs
ornent le pourtour de la Chapelle :
1. Saint Antoine reçoit l'habit
franciscain, par Antonio Minello (1517).
2. Le mari jaloux, dont l'épouse, poignardée
par jalousie, fut sauvée par le Saint. L'uvre,
commencée par Giovanni Rubino (dit le
"Dentone") fut achevée par Silvio
Cosini (1536).
3. Le jeune homme ressuscité
par le Saint. Le Saint, prodigieusement déplacé
au Portugal, ressuscita un jeune homme pour disculper
son propre père, dans le jardin duquel avait
été caché le cadavre. Commencé
par Danese Cattaneo, ce haut-relief fut parachevé
par Girolamo Campagna (1573).
4. La jeune fille ressuscitée,
par Jacopo Sansovino (1563). uvre particulièrement
intense et caractéristique des trois âges
de la vie : la jeune fille, la mère et la grand-mère.
5. L'enfant ressuscité.
Il s'agit du neveu de saint Antoine. uvre d'Antonio
Minello, avec l'intervention de Sansovino (1536).
6. Le cur de l'avare défunt
n'est pas là où il aurait dû se
trouver, mais dans son coffre-fort, comme saint Antoine
l'avait annoncé. uvre de Tullio Lombardo
(1525).
7. Saint Antoine rattache le pied
d'une jeune garçon, qui se l'était
coupé de désespoir après avoir
donné un coup de pied à sa mère.
De toute évidence, encore l'uvre de Tullio
Lombardo (1504).
8. Le verre resté intact,
après qu'un hérétique l'ait jeté
à terre par défi, ne croyant pas en la
prédication et les prodiges de saint Antoine.
Commencé par Giovanni Maria Mosca, fut
parachevé par Paolo Stella (1529).
9. Saint Antoine fait parler le
nouveau-né, afin qu'il atteste de la fidélité
de sa mère, injustement suspectée par
le mari jaloux. uvre d'Antonio Lombardo (1505),
frère de Tullio.
Le
chur-presbytère
Pour
accéder à cette zone de la Basilique réservée
à la célébration des offices liturgiques,
il faut s'adresser à un gardien.
La décoration de la partie
absidiale de la Basilique. La décoration
picturale qui recouvre la partie absidiale de la
Basilique a été effectuée par l'artiste
bolonais Achille Casanova entre 1903 et
1939. Cependant, cette dernière intervention
fut très critiquée car jugée trop
scolaire et en désaccord total avec la pureté
des lignes architecturales existantes. Elle aurait dû
au contraire s'intégrer avec simplicité
et discrétion. Mais il serait réducteur
de ne relever que cela. L'uvre dans son ensemble
est grandiose et unique et témoigne de l'époque
"Art déco". Lorsque la Basilique est
complètement illuminée, on ne peut qu'être
saisi d'une profonde émotion.
En bas, le chur : il comprend
l'espace situé derrière l'autel principal
et l'ensemble des stalles où se réunissent
les religieux pour la célébration de
la "Liturgie des heures". Jusqu'en 1649,
le chur se trouvait devant l'autel actuel, dans
le presbytère. Ce fut ainsi jusqu'au Concile
de Trente dans la plupart des églises qui comportaient
un chur, comme l'on peut voir en particulier dans
les églises anglicanes. Puis, peu à peu,
le chur a été déplacé
derrière l'autel pour permettre aux fidèles
de suivre la liturgie avec une plus grande attention.
Les stalles actuelles du chur datent de
la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Les anciennes stalles gothiques réalisées
par les frères Lorenzo et Cristoforo Canozzi
(1462-69), furent détruites par un incendie
en 1749.
Le candélabre pascal : chef-d'uvre
d'Andrea Briosco. Sur le côté gauche
de l'autel, on note un superbe candélabre en
bronze réalisé par Andrea Briosco, dit
"le Riccio", achevé en 1515.
Ses dimensions impressionnantes (3,92 mètres,
plus 1,44 mètre de base) et sa complexité
en font l'un des plus grands candélabres de l'Occident
chrétien.
Le maître-autel. Il fut réalisé
en 1895 par Camillo Boito (frère du musicien
Arrigo) et est le dernier des nombreux autels élevés
dans la Basilique au cours des siècles, pour
des raisons dues à l'évolution des sensibilités
et de la pratique liturgique. Dans celui-ci sont rassemblés
tous les chefs-d'uvre de Donatello.
L'ensemble donatellien : une grandiose
symphonie de la vie et de la foi.
- Achevons cette visite de la Basilique en admirant
quelques-unes des trente uvres que le sculpteur
Donatello a réalisé à Padoue,
de 1444 à 1450, et qui constituent
l'un des témoignages les plus authentiques de
l'époque de la Renaissance.
Face arrière de l'autel.
La Déposition. - L'uvre est en pierre
de Nanto (Collines Berici, Vicence). Quatre disciples,
crispés de douleur, couchent le corps inerte
du Christ dans le tombeau. A l'arrière, les femmes
pleurent de compassion. Au centre, Marie Madeleine dont
les bras unissent les deux groupes d'hommes et de femmes
: plus que les 43 autres femmes, elle exprime l'angoisse
d' être restée seule, dans le souvenir
de son péché. Et dans la révélation
chrétienne, le péché est la cause
profonde de la mort.
En haut, deux bas-reliefs en bronze
- Le miracle de la mule (à gauche). L'artiste
situe l'épisode dans la grandeur d'une Basilique,
devant l'autel. Les observateurs, mais pas seulement
eux, continuent de s'étonner de la magie donatellienne
qui donne à des espaces réduits une profondeur
et une ampleur inattendues, en utilisant des lignes,
des décorations et matériaux de diverses
couleurs. Le regard se porte sur les parois latérales,
en parcourt les lignes transversales et, comme une vague,
recueille les deux groupes d'hommes et les pousse vers
l'autel. Devant l'entrée d'où émane
la lumière, on ressent le calme serein dans la
présence de Dieu. La découverte de sa
présence se reflète dans les résonances
individuelles des personnes présentes : une seule
et unique humanité, agitée et avide de
Dieu.
Donatello, comme tous les grands génies,
transcenda la culture de son époque et nous apparaît
ainsi d'autant plus moderne. On note, par exemple, que
le relief très bas réduit la perspective
du volume des corps, qui s'en trouvent aplatis et élargis,
acquérant une suggestive valeur picturale. Cette
technique, dans laquelle Donatello excellait, porte
un nom toscan : "stiacciato", qui signifie
"aplati".
A droite
- Derrière l'autel, l'artiste présente
saint Antoine faisant parler un nouveau-né. En
bas à droite : le buf (ailé et auréolé
pour indiquer qu'il symbolise un saint, dans ce cas-ci,
l'évangéliste Luc) ; à gauche :
le lion (symbole de saint Marc).
Face antérieure
Les 14 petits anges et le Christ souffrant. En bas,
du côté frontal et sur les côtés
latéraux de l'autel : 10 anges musiciens
(sur dix panneaux) et 4 anges chanteurs (sur
deux panneaux, près du Christ mort). Malgré
le côté un peu maladroit de la chose, ces
bambins suscitent en nous une sympathie immédiate
pour la spontanéité avec laquelle ils
tiennent leur rôle.
Au centre, la douleur du Christ : une page d'une tendresse
émouvante.
La petite porte du Tabernacle montre le Christ mort,
assis sur le tombeau (1496, on en ignore l'auteur).
Sur les côtés : à gauche, saint
Antoine rattache le pied à un jeune ; à
droite, Le cur de l'avare.
Sainte
Justine et saint Daniel. - Un peu plus haut, au-dessus
de l'autel, à gauche, deux statues : saint
Justine (jeune martyre de Padoue, dont le culte
fut attesté depuis le Ve siècle, et à
laquelle la grandiose Basilique sur le Prato della Valle
est dédiée ; à droite, saint
Daniel (jeune diacre de Padoue, martyr au début
du IVe siècle et dont les restes reposent à
la cathédrale).
L'autel présente sur les côtés deux
ailes plus basses sur lesquelles, à notre gauche,
l'on peut voir : l'ange (symbole de saint Matthieu)
et, au-dessus, saint Ludovic d'Anjou ; à
droite, en bas : l'aigle (symbole de l'évangéliste
saint Jean) et en haut, saint Prosdocimo.
Saint
Ludovic d'Anjou et Saint Prosdocimo. Saint Ludovic
(1274 - 1297), fils de Charles II d'Anjou, roi de Naples
: refusa la succession au trône et, avant d'accepter
d'être évêque de Toulouse, voulut
connaître l'expérience franciscaine. Il
mourut à 23 ans.
San
Prosdocimo (seconde moitié du IIIe siècle)
est le fondateur et le premier évêque de
l'Eglise de Padoue. Depuis une récente reconnaissance
canonique, ses restes reposent à la Basilique
Sainte-Justine.
Groupe central
Le
Crucifix. - Derrière la statue de la Vierge,
le Crucifix domine l'espace. Comme le suggèrent
ses dimensions, il n'a pas été réalisé
par Donatello pour l'autel mais pour être placé
au milieu de l'église.
On l'observe d'en bas. Le clou gonfle
et transperce les veines du pied droit. Le regard descend
douloureusement le long des jambes tendues et tournées
vers la droite. Le ventre et la poitrine sont particulièrement
impressionnants, lorsqu'ils sont éclairés;
ils laissent deviner le squelette. Les bras sont parcourus
de veines et de nerfs encore vivants. Le visage est
celui d'un héros classique, beau et courageux.
La
Vierge et l'Enfant. Le thème central de toute
l'uvre de Donatello. La Vierge est très
jeune et, semble inachevée : à peine sortie
de la main du maître, elle a la fraîcheur
de la première création. Sa beauté
et ses pensées douloureuses nous impressionnent.
Elle nous rappelle ces statues antiques, avec un surplus
de vie et d'histoire.
 Saint
François et saint Antoine. - Aux côtés
de la Vierge, Donatello nous présente saint François
et saint Antoine, grands protagonistes de la vie religieuse
et culturelle du XIIIe siècle.
Sacristie
Le
hall est décoré de fresques peintes par
les disciples de Girolamo Tessari (dit "Dal
Santo"). Elles représentent deux miracles
: saint Antoine prêchant aux poissons et
le verre jeté à terre et resté
intact (datant de 1528 toutes les deux).
Dans la lunette au-dessus de la porte
murée, une fresque datant de la moitié
du XIIIe siècle : la Vierge à l'Enfant
entre saint François et saint Antoine.
En entrant dans
cette lumineuse sacristie, on admire les fresques
de Pietro Liberi qui chantent, avec une fantaisie
contenue, la gloire de saint Antoine (1665).
A droite, le mur est recouvert d'une
grande armoire, uvre de Bartolomeo Bellano
(1469-1472). Les dix incrustations qui l'illuminent
sont de Lorenzo Canozzi (1474-1477). Elles représentent
(à gauche) saints Bernardin et Girolamo, François
et Antoine, Ludovic d'Anjou et Bonaventure ; tandis
que les panneaux inférieurs montrent une nature
morte aux livres et objets liturgiques. Les autres panneaux
comportent des peintures à l'huile réalisées
Francesco Suman (1847).
En traversant une salle étroite, on descend vers
la spacieuse salle du Chapitre (on appelle "Chapitre"
une réunion communautaire de Frères).
A l'origine, elle était décorée
de fresques attribuées à Giotto.
Il n'en reste malheureusement que peu de traces.
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